mot à mot

29 avril 2012

Plante – dessein – fleur – silence.
Toi – moi – nous – ensemble – séparément.
Chacun – autre – eau – soleil – vent.
Une scène – une autre scène où chacun s'inscrit tour à tour – se montre – s'expose et disparaît.
Ecrire, c'est aussi disperser quelque part des parties de soi – que le vent emporte ?
Des bribes d'histoires – des lambeaux de rêves – comme autant de feuilles mortes.
C'est ainsi que j'ai découvert que l'autre n'était plus multiple mais bien unique – unique comme tu peux l'être aujourd'hui pour moi – pour toi – avec ton souffle, ta chaleur, tes yeux, tes lèvres, ta voix.
Toi mon lecteur – mon ami – celui qui tient ma plume – l'emporte – la caresse – lui donne sens et existence.
Tes mots sont les miens – ils m'accompagnent – m'entraînent – me portent – me consolent.
A travers eux c'est ton sang – ton souffle – un morceau de ton âme et de la mienne.
Je veux les oublier pour ne plus les perdre, cheminer avec eux, les retrouver au milieu des miens.
Sens et sang – rires et larmes – rêve et réalité – folie et raison – et encore toi et moi à travers une lecture écrite constamment oubliée – 
et pluis Zut – quelle importance tout cela – et je sais que j'aimerai jusqu'à ton silence et des mots tus ou perdus – comme le vent dans les feuilles et le murmure de la source.
J'aime aussi ton absence autant que l'espoir de te rencontrer en un lieu multiple et incertain un jour ignoré à l'image du vent toujours en mouvement – aujourd'hui ou demain ou hier...

Y. Tanguy y-tanguy-demain-1938

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28 avril 2012

Les lettres comme des feuilles – et les branches comme des mots – puis des phrases, des paragraphes – une écriture comme un arbre – et les racines et le ciel et le vent et les étoiles – jusqu'à toi –
et cette rencontre improbable dont personne ne saitsi elle a eu lieu un seul jour un seul instant à un seul endroit – 
comme un moment intemporel – sans début ni fin, sans vraie consistance – 
Est-ce un mot, un regard, une larme ? 
Quelque chose advient ou plutôt quelqu'un – 
Encore une fois, une seule fois – jusqu'au bout – 
La même chose, le même rêve, la même vie – 
L'instant arrêté, le rêve suspendu – les miens et ceux des miens – les tiens aussi – 
En tous cas ceux que tu as peut-être laissé échapper, laissé s'enfuir et que j'aurais glanés précieusement comme autant de petits cailloux sur le sentier.
La mouche qui vole d'un objet à l'autre. C'est encore elle qui rapproche et qui sépare – qui unit et disperse dans un incessant voyage entre celui-là et cet autre – séparé et uni – près et loin – ici et là – 
partout et nulle part – vivant et mort – 
je suis avec toi – tu es avec moi – pareil et différent – proche et lointain – chaud et froid... 

Kay Sage Kay Sage-Demain c'est jamais-1955

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19 avril 2012

Une goutte d'eau. Une larme. Un mot – un mot dit – un mot soufflé – un mot aspiré – un mot doux – un mot liquide.
Des tas de mots – que des mots – partout des mots – rien que des mots – encore des mots – toujours des mots.
Et puis une gorgée d'un liquide chaud et sombre. Dehors la pluie – dedans les mots – les miens – les tiens. Le bruit de la plume – le bruit de l'orage – le bruit de l'eau et des mots.
Orage en dedans. Orage en dehors. Eléménts épars et disparates. Mélange de bruits. Vacarme de mots. Le ciel pleure. Le monde pleure. Mon coeur pleure. Mes yeux pleurent. Ma plume pleure.
Quand donc te reverrai-je ? Toi, l'auteur de mes mots – la muse aveugle au coeur déchiré – la compagne d'un seul jour – d'un seul instant – d'un seul moment. 
Le mot tu à peine éclot. Le mot d'hier. Jour de pluie – d'orage, de silence et de nuit. Parviendra-t-il à trouer les ténèbres qui m'entourent ?
Il est des jours sans lendemain et des nuits sans matin – et aussi des mots perdus dans le désert de nos rêves.
J'aurais tant voulu qu'il n'en soit pas ainsi – même si rien ne pouvait en être enlevé sans que le sens n'en soit perdu.
Et les mots qui enlèvent sont aussi ceux qui donnent, permettent, autorisent, rassurent, enveloppent de leurs chauds manteaux le mendiant frissonnant.
A l'image de la pluie, c'est eux qui lavent – régénèrent – nourrissent et permettent l'éclosion d'autant de fleurs et de fruits. Et c'est bien de la mort que se nourrit la vie. Ainsi ces quelques mots rempliront peut-être cette fonction du dire – cet éclat d'un sourire – et rendront un peu de paix au pauvre pèlerin d'un soir, pris dans la tempête.

Soulages Soulages-goudron sur verre 1948 

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25 mars 2012

La mouche court sur la vitre.
J'entends le bruit que fait la mouche sur la vitre.
Que fait-elle donc sur cette vitre ?
Pourquoi courir sur une vitre ?
Qui court sur cette vitre ?
Une mouche s'est posée sur ma feuille.
La musique est parvenue à mes oreilles.
Le liquide a coulé dans ma gorge.
L'air emplit mes poumons.
Le sang coule dans mes veines.
La chatte grise nous regarde écrire.
La chatte écoute la musique en fermant les yeux.
La mouche court toujours sur la vitre.
La musique déroule ses notes sans interruption.
Le soleil brille dehors  – Soleil de midi
Soleil de printemps – Tout se tait – La musique que fait la mouche qui court sur la vitre.
L'écriture des mots qui noircissent les pages.
Le bruit de l'écriture.
La couleur de l'écriture.
Le mouvement de l'écriture qui court sur la page
comme autant de pattes de mouches sur la vitre
qui égrène ses notes comme autant de mots.
Le bruit des mots sur la vitre comme une mouche sur une feuille  – et des mots dans le soleil – je vois toujours cette mouche courir sur la vitre.
Et si la mouche écrivait sur la vitre pour dire ce que personne ne peut lire – personne ne veut savoir – ce que tous ignorent – ce qu'on n'arrive pas à écrire.
Paf, ça y est. Je l'ai eue cette damnée mouche...
La musique s'est enfin tue – le stylo aussi.
Au loin s'élève une rumeur qui ressemble au bruit d'un torrent... 

G. Braque femmes au piano1937

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24 mars 2012

Je t'ai écrit. Tu ne me réponds pas. Tu ne peux pas. Parce qu'il n'y a pas d'autre réponse que le silence à ce qui ne peut que s'écrire. Il est à dire – à ne pas dire – à entendre – que le silence peut être assourdissant – furieux – il est explosion – il est mort. Et cette mort est elle-même la seule condition de la vie – la seule dimension de l'amour – l'endroit où tout se rejoint – le lieu de la rencontre entre toi et moi – moi et moi – mon autre moi – le tien – le sien  – le nôtre...
Dehors le bruit de l'herbe qui pousse – de la sève qui envahit les branches – tout ce qui constitue le silence de la nature – disparaître pour renaître – pour ressusciter – pour exister.
Le vent immobile – le vent d'ailleurs – comme un souffle inconnu dont on ne connaît ni l'origine ni la direction. Le vent d'autan – le vent d'antan. Tel une brise – un respir – un mot – il est esprit.
J'aurais tant voulu que... et puis il a fallu... parce que vivre c'est aussi apprendre à mourir chaque jour. C'est perdre – donner – recevoir – attendre – taire – se nourrir d'air et de paroles silencieuses.
C'est prendre le temps d'entendre, d'écouter, d'oublier, enfin accepter de se perdre, de se dissoudre – de s'écrire. Car ce qui ne peut se dire peut parfois s'écrire – prendre la forme d'une lettre, d'un regard – d'une larme. Un rien – un signe – un sourire – une note.

Dormir – rêver. Aller à la recherche de quelque chose qui n'existe pas – et puis faire comme si...
Point de salut. Plus d'espoir. Seuls les mots – encore des mots – toujours de mots – sans suite – sans sens – sans but.
Lorsque je suis venu te voir, c'était bien de moi qu'il s'agissait. De moi enfoui dans le souvenir d'une matinée de printemps lointaine et ensoleillée – un moi oublié – ravoqué – mutilé.
Un air entêtant – une musique prégnante. Quelque chose d'indéfinissable – un impromptu – une remarque – une rengaine – un goût d'ailleurs. Et puis ce goût inconnu étrange et habituel – dans un au-delà du langage – quelque part entre rêve et réalité – entre vie et mort – entre toi et moi.
Revenir ou renaître – repartir ou arriver – ressusciter ou mourir. Tard dans la nuit – tôt le matin – un jour nouveau. Attendre sans bouger que le jour se lève. Attendre l'issue – le renouveau. Se battre aussi pour que quelque chose arrive. Donner sa vie pour ne pas la perdre. Y être – en revenir.

Revenir ou renaîtr. Ramener en soi ou avec soi. Le même parcours. La même voix. La même musique. Humain jusqu'au bout.
Dehors un chant d'oiseau – un paysage sans limite.
Dedans l'humain au travail avec ses rêves – ses désirs – sa recherche de lui-même et de l'autre.
Une grande espérance comme une insistante musique venue d'ailleurs.
Un livre s'écrit, celui de nos vies – celui de nos jours, de nos nuits – de nos rêves. Une succession de notes ou plutôt de mots sans suite, sans lien – sans fin.
Il est à construire le monde du rêve, le monde où les enfants aurant enfin le droit de vivre.
Encore une fois, une seule fois – un nouveau jour – je ne sais. La musique – entrelacs de notes, de sens, de rythmes, à l'image de la vie.
Un cri dans le soir – une main tendue – un vent d'espoir. 

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15 mars 2012

J'ai retrouvé le lien perdu avec le groupe et les borborygmes sont autant de dénis ramenés à la surface des choses.
Il a encore inventé ce qui vient du renouvellement.
Et les bruits du Rhône viennent restreindre encore le mouvement des invités au banquet du monde.
Il n'est pas de mots pour ne rien dire d'autre que l'absence de l'être aimé.
Il n'est pas arrivé à croire qu'il aurait pu y arriver.
Il ne viendra pas celui qui n'a pas entendu l'ordalie des échevins – inondés du pourtour des émissions du bien – Un ventre au bord du nid vide – Et si icelui n'a rien inventé d'autre que le bord du déni...
J'aurais peut-être pu aller une autre fois sur le bord du vide d'où rien ne peut surgir d'autre que la source du vent.
Je ne peux plus dire – ni faire – ni parler – ni répéter – ni rencontrer – ni  – ni – ni – ni – et ce pour longtemps – pour un morceau de temps – pour un instant.
En fait je ne supporte pas l'ineptie d'une consigne qui ne permet pas d'autre exploration que l'incertitude du mot – la vacuité d'une lettre qui ne reconnaît pas plus le sens qu'une flèche perdue...
Je ne peux plus revenir. Je ne peux plus entendre. Je ne peux plus savoir. Je ne peux plus être ailleurs. Je ne peux plus croire. Je ne peux plus aimer – et encore une fois – j'attends le mot tu, susurré par le vent...
Ce qui s'explique ne peut se dire.
L'écriture comme trace. Le mot comme élément, la lettre comme signe d'un néant abouti où rien ne peut s'inscrire.
L'écriture comme lieu où l'on peut revenir – ressentir – être soi – comme une ombre inaboutie et incontournable.
J'ai besoin d'être écrit à l'ombre d'une page sans fin. J'ai besoin de vous dire, de vous raconter ce qu'il faudrait taire...

Van Rysselberghe van rysselberghe

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01 mars 2012

Je suis passé par là – non, par ici – ou par ailleurs – ou nulle part – partout – je n'en sais rien – je ne sais plus – j'aurais pu savoir – qu'en est-il ?
Ce soir un homme est passé – puis il est reparti – comme il était venu.
J'aurais pu lui demander pourquoi – comment se fait-il que quelqu'un puisse venir – ou repartir – ou revenir – ou aller – ou s'en aller.
Qui est-il ? Qui suis-je ? Qui es-tu, toi qui m'accompagnes, toi l'inconnu du soir, l'homme de mars – la femme de la nuit – la compagne d'un jour – d'une vie ?
Tout passe – tout s'en va – rien d'autre – pas encore.
J'entends le chant de la bouilloire – je me saisis d'une tasse pour verser du thé.
Le goût du fruit envahit ma bouche – un goût de souvenir – une odeur d'ailleurs – une saveur de nulle part.
Plus rien n'arrive qui n'est déjà là – comme si le passé attendait derrière la porte pour surgir au milieu de nous, mendiant un morceau de pain – une parcelle d'humanité – et puis il repart sans bruit – sans éclat – sans ombre – à pas de velours.
Je ne t'entends plus – je ne t'attends plus – encore une fois – une seule fois – je voudrais tant te revoir, retrouver ce goût étrange et merveilleux d'une bouchée oubliée, disparue, inconnue et pourtant si proche – si intime, si présente. Nos fantômes sont en chacun de nous, endormis comme des chats sur leur coussin. Ils veillent sur nous, nous tiennent chaud, nous entourent, nous bercent avec amour.
Ainsi va la vie – l'espoir et le rêve.
Tout s'emmêle – se mêle – s'enchaîne – s'attache – pour perdurer – se rappeler – dans un mouvement circulaire et interminable.
J'aurais tant voulu que l'inconnu du soir me dise au moins son nom.
Le goût de la brioche qui fond dans la bouche – avec qui la partager – l'échanger – la commettre – l'ingurgiter – l'aimer – saveur du soir – d'un soir – d'un jour – d'une vie – rencontre goûteuse d'un autre inconnu... Est-il vain d'y revenir ?
Les cloches reviendront-elles un jour ? 

Mondrian mondrian-plans-1917

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26 février 2012

Le bruit du vent dans les feuilles – du coeur dans la poitrine – un sein qui se soulève doucement – un corsage délicat sur une poitrine de soie – doucement le souffle de l'air dans le bleu de la brume – être avec – ressentir – toucher – effleurer – se commettre – enlacer – le doux vertige d'un horizon muet – il ne sait pas ce qui lui arrive.
Il n'a pas entendu le bruit de la source – ni le murmure du soleil au lever du jour.
Ce sentiment d'accompli – sérénité d'un soir – comme un espace nouveau dans un temps escompté.
Il y eut un soir, il y eut un matin... Quelque chose a éclos à l'horizon d'un autre temps – comme si elle avait pu surgir de la mer – telle Vénus, dans le plus simple appareil – sur la crête des vagues.
Dehors le printemps se cache encore au plus profond des arbres dans l'attente d'une renaissance gorgée de sève et de sucs odorants.
Le ciel est gris, recouvrant le soleil d'une chape ténébreuse – rien ne peut arriver – tout se tait – seulement le bruissement d'un crayon sur la feuille blanche éclairée d'ombres multicolores et de lignes entrelacées.

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Déjà – comme si – on ne savait pas – ce que je dis – sans le savoir.
Ne pas écrire – rien dire – rien faire – sans bruit – sans voix – sans jeu.
Un jour – une nuit – le vent – la vie – la mort – l'espoir – l'amour – toi – et puis – une fois – encore une fois – peut-être...
Savoir – sentir – exister – vivre – respirer – l'air – le souffle – le vent.
Plus rien ne bouge – immobile – immaculé – immodeste – immature – inondable – immortel – aimable.
Je ne peux – ni ne veux – j'attends – je t'attends – mon amie – mon frère – ma soeur – ma mère – toi – moi – lui – un autre – une autre fois – autrement – autre chose – outrancier – ostensiblement – dilatoire – comme un rêve muet dont on ne se souvient plus – jusqu'à ce jour – bientôt. 

héliogravure2004

Il est arrivé un jour quelque chose à quelqu'un sans qu'il ne puisse dire exactement de quoi il s'agissait. On aurait pu dire que cet accident ne survenait pas entièrement par hasard – si ce n'est le poids de la fatalité inexorable qui envahit chaque destinée.
Je ne parlerai pas du passé, pas plus que du présent, sinon pour en évoquer les circonvolutions anachroniques et substantielles qui entourent chaque évocation.
Je ne me souviens pas d'avoir été moi-même en quelque circonstances – pas plus qu'un autre – mais seulement un des divers personnages qui nous habitent tour à tour et vous empêchent toute reconnaissance ultérieure. J'aurais tant voulu pouvoir me raccrocher à cette douce incertitude qui accompagne tout homme sans mémoire au long d'une existence hasardeuse où s'entrecroisent l'anodin et le perpétuel.
Chaque événement est recouvert – raccourci – restitué – respecté – restauré.
Et c'est alors que le sommeil gagne le groupe et envahit l'espace comme la brume recouvre l'horizon et colore l'avenir de son uniformité. Jusque là tout va bien et rien ne peut surgir d'un passé trop contraint et encore à inventer. J'y suis presque. Encore une ligne – une seule ligne – quelque chose de plus ou de moins – un geste d'espérance – un morceau d'aventure – un seul geste – un baiser... un dernier mot. 

 zao-wou-ki-hommage-a-matisse Zao Wou-Ki

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22 janvier 2012

Écrire et dire – dire ou écrire – écrire ce que je ne dis pas – dire ce que je n'écris pas – ne pas dire, ne pas écrire – réécrire, pour dire, ou ne pas dire.
Vous écrirai-je, madame ?... Venez donc écrire avec moi – je vous prêterai volontiers ma plume – avec laquelle nous pourrons converser – et de nous dire ce que nous n'oserions dire – dire ensemble – se dire enfin – tout dire – et ne rien écrire – ne rien cacher – douce impudeur des amants déclarés – joyeux débats de gestes énamourés – chants harmonieux d'un oiseau rutilant – dehors le ciel est bas et le vent se retient – ils se mêlent ensemble en douce harmonie – et je ne sais point ce qui m'agrée le mieux – de me perdre avec toi ou me trouver sans toi – ne plus savoir de quoi demain sera fait – ne plus connaître la sombre ivresse des mots – juste un sourire – un regard – une rose – nonchalamment posés sur l'autel immaculé des amours enfantines au miel des souvenirs – il n'est plus temps de te revoir – plus temps d'aimer – la crépusculaire beauté de la fleur fanée – viens donc écrire avec moi – encore une fois – une dernière fois le plaisir d'être ensemble – les joies de l'amitié – les affres de l'amour – le goût sirupeux d'un vin au nez subtil – je t'avouerai enfin tout l'amour qui me tient – parce qu'il ne peut se dire qu'en l'écrivant – qu'en le gravant sur le marbre funeste d'une tombe inconnue – il n'a ni épaisseur, ni goût, ni saveur, ni parfum – il est comme fumée – brise légère – éclat de rire – il est regard – étincelle – sourire – il est toi – ma mie – ma revenante – ma muse – mon espérance – non je ne prendrai pas ta main – ta seule existence me comble et suffit à ma mémoire – je te préfère mienne à l'image de celle que j'ai rencontrée une fois au pied du morne donjon de mes guerres intestines – un mot – une image – un éclair – une voix – les amours les plus beaux sont les plus éthérés, et Dieu n'a jamais pesé plus qu'une plume.
Ainsi donc se conjugue le mot aimer lorsqu'il n'est plus qu'écriture et langage. Je vous aime encore une fois – pour toujours et à jamais et aussi avec un peu de citron. 

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17 janvier 2012

La vie de quelqu'un sur une plage – la vie d'un oiseau dans le ciel – d'un poisson dans l'eau – d'une mouche sur la vitre – d'une abeille dans la ruche – d'un enfant au bord de la route – d'un poète en face de la plage – d'un ami quelque part – il ne sait pas ce qu'il vit – personne ne sait ce qu'il fait – le voyageur dans la gare – le train sur les rails – le bateau sur l'eau – le naufragé dans son île déserte – le naufrage – la catastrophe – les larmes. 
Mais où est donc passé mon chat ? 
Parti – réfugié – perdu – dans un endroit à lui – dans un pays d'ailleurs – sous un ciel nouveau.
Qui peut le dire ? Qui le sait ? Qui le veut ? 
La vie d'un autre qui croise ma propre vie – une nouvelle – un renouveau – un souvenir – un état – une recherche – un souffle – un bruit.
Le bruit du vent – de l'eau qui bout – de ce qui passe – de ce qui vient – de ce qui ne peut arriver.
Et puis aussi un chant – un air – un refrain – une espérance – un rêve – plus rien d'autre – jusqu'à aujourd'hui – sauf peut-être demain – demain comme un jour nouveau – demain comme un autre monde – une aube nouvelle.
L'endroit où naît l'arc-en-ciel – d'où il surgit – le ventre maternel d'où vient le nouveau-né – d'où il s'origine – se constitue – se rassemble – d'où il éclot – le sein qui nourrit – la main qui se tend – le regard ébloui sous la lumière crue – le souffle qui ressemble à un cri – le cri de libération – de résolution – de détresse – d'amour – de vie.
Le premier et le dernier souffle.
Le premier et le dernier soupir.
Le vent qui fait claquer les voiles.
Le printemps qui succède à l'hiver.
Le froid après la chaleur – le calme après la tempête – ce qui est – ce qui arrive – ce qui vient.
Les pas tout au long du chemin d'un improbable pèlerin.
Le matin qui succède à la nuit peuplée de fantômes – le soleil à la lune – la vie à la mort.
Le ciel et les étoiles – dans le firmament constellé – et puis vînt le sommeil comme un éclat de rire – un sourire – une aventure nouvelle dans un autre monde – où se mêle présent et passé, amis et animaux – images et ressentis – pays sans retour – libération – aboutissement – lieu de résolution – pays des rêves où tout arrive et rien n'existe comme un grand bateau ivre sur l'océan des désirs.

Etienne-Martin LeManteau1962

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