mot à mot

goutte à goutte, la perfusion et la mère fusion

10 novembre 2009

À deux mains. Écrire des deux mains. Écrire pour demain. Presser des deux mains. Saisir à deux mains. Demain sera un autre jour. Le jour de deux mains. Sens insensé des deux mains qui ne se saisissent pas de demain. Geste inachevé – inaccompli – esquissé – retenu – perdu. Qui trouverai-je au bout de cette main ?
Doucement un chant s'élève au milieu du silence. Ce silence d'où s'origine tout bruit – tout surgissement – tout émerveillement – j'ai à le tenir à deux mains – il est là – las d'aimer – d'écouter – d'entendre – de saisir l'instant éternel d'une rencontre impossible entre deux mains identiques.
Les mains me manquent – la seule – l'unique – la main perdue – la main retrouvée – la main de demain – la main proche – la main sale – la main douce – la main maternelle – la main à saisir – la main qui surgit des flots ténébreux – la main tendue – la main du mendiant.
La main de l'amante – la main dans la poche – la main cachée – ma main – ta main – celle qui écrit, celle qui réfléchit – qui se tait, qui te cherche – qui tâtonne dans le noir – n'ose pas saisir – ne peut retenir – laisse glisser l'eau entre les doigts – les notes entre tes lèvres – chant du soir – hymne à la nuit.
Ce qui coule – que rien ne peut plus retenir – flot impétueux d'un désir inassouvi – désir de vivre – d'aimer – d'espérer – chant du monde – chant silencieux et muet.
Ce mot est là – posé sur une branche – tel un oiseau noir. Il m'observe de son œil fixe et froid.
Nuit automnale recouverte de feuilles. Sol enfièvré. Pavé de bonnes intentions. Mots brusques, mots rugueux – mots enflammés jetés à la figure – enfermés dans un enclos embrumé.
Image d'un soir. Image du soir.

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03 novembre 2009

Jour – Nuit – lumière – liste – chanson – liste suite – ouverture – souvenir – ma mère – mon enfant – un sein – respiration – souffle – religion – esprit – fantôme – demeure – maison – cheval – chat – voiture – chaussure.
Ce que j'ai – ce que je n'ai pas – ce que je voudrais – ce que j'aurais voulu – Toi – moi – lui – aussi – bien – mieux – effort – dessein – non pas – marcher – tenir – aimer – juxtaposer – énumérer – raccourcir – rajouter – écrire – musique – bruit – quel âne !
Elle est revenue – Elle est partie – elle écrit.
Encore une fois – pour toujours – la mort ou la vie – un enfant est né – l'aîné – le dernier – le septième – l'autre – une voix – un chemin – un son – une ornière – un caillou – un regard – une suite – des mots – un clocher – un réfugié – un atelier – un rat – un bonobo.
Tu es là – ici – aujourd'hui – demain – chaque jour – tous les jours – impromptu ? Je ne sais pas – un rêve – un sexe – du goût – ce qui coule – ce qui vient – ce qui pénètre – la rivière – l'eau – le désir – le vin – le miel – l'odeur – la douceur – le vent – le bruissement – le murmure – le regard – l'espoir – comme un nouveau jour – une nouvelle vie – l'oubli – le cri – un mot – un seul mot – juste un son – encore une fois – une dernière fois – juste.
Ce qui ne peut se dire – ne peut exister – ne peut arriver et qui pourtant se reproduit chaque jour – chaque instant – Écrire pour dire – Faire par l'écriture ce qui ne pourrait advenir par ailleurs – soutenir un désir qui ne m'appartient plus dans un monde étrange et étranger – miracle de ce qu'on ne dira jamais – un autre monde – une autre vie ?
Plutôt un ailleurs – comme la réincarnation – une nouvelle naissance, une autre mort à vivre – auprès d'un être aimé – animé – Ligne de partage – source inextinguible – amitié sans fard – lumière sombre d'une aube d'hiver – aurore boréale à l'horizon – Consumé – Consommé.
Goût ineffable d'une bouche inconnue remplie de sucs lointains et indéfinissables.
Ce qui déborde – revient comme un ressac sans fin – ce que je t'ai volé un soir d'automne – à l'aube d'un prochain printemps – ce que tu m'as donné – ce que j'ai pu en saisir – comme un autre horizon.
Silence – Plus rien ne bouge – Doucement – Encore une fois – une dernière fois – un dernier rêve.
J'aurais tant aimé que le temps s'arrête une fois.

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27 octobre 2009

Ce soir je n'écrirai pas ce que je n'ai pas vu – ce que je n'ai pas vécu – ce qui n'est pas arrivé – celui qui n'est pas venu – celle que j'ai oubliée – Tu es absence – Et je suis sans toi – sans mot – sans rien.
Sensation bizarre de vide, d'ailleurs – goût de passé – perte du présent – Le ciel est bas – La rue est vide – Les cloches se sont tues.
Je ne sais plus ce que je suis venu chercher – ce que je n'ai pas trouvé – ce qui aurait pu se passer dans un autre temps – en un autre lieu – avec quelqu'un d'autre.
Quel est ton nom ? d'où viens-tu ? Qui es-tu ? Mon amie. Ma mie. Image d'un jour. Rêve d'une nuit. Vent du soir. Rosée du matin. Regard – sourire. Souvenir.
Et si... Que... Quand... Sûrement... Une fois... Tu crois ?... Je sais...
Bon... Eh bien... Qui sait... Que suis-je ?
C'est comme... Et zut !
Où donc est passé mon autre ? celui que je voulais entendre ce soir, dont la voix me manque – cet absent sans voix – si bruyant.
Quand te reverrais-je ? ici – ailleurs – dans mes rêves.

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20 octobre 2009

Naissance. Arrivée au monde – ressuscité – revenu.
Je suis né en 1945. Le 14 décembre. J'ai eu trois filles.
Mes filles ont eu 7 enfants. Le dernier est né le 20 septembre 2009.
Ma mère est née le 5 juillet 1926. Mon père le 29 décembre 1921.
Ma mère est morte le 16 décembre 2008. Bientôt 1 an.
Ma fille Alice est née en 76. Elle a eu 3 enfants, Oscar, Aglaé et Isidore. Ma fille Xavière est née en 78. Elle a aussi trois enfants, Siméon, Adèle et Vadim. Ma dernière fille Delphine n'en a qu'un, Rita née en 2009.
Ma compagne Christiane est née en 1951. Un 29 janvier. A Paris. Ses enfants sont les miens et je partage mon existence avec elle depuis 1976, la même année que la naissance de ma filleAlice. Je suis aussi né l'année du mariage de mes parents. Je pourrais vous en conter plus encore, même si je ne sais pas pourquoi je vous raconte tous ces événements qui constituent mon existence. Filiation. Enfantement. Descendance. Ce qui s'écrit sur les registres d'Etat Civil et sur le marbre des cimetières. Je suis l'aîné de quatre enfants. J'ai une sœur ou plutôt je n'ai plus de sœur. J'ai deux frères. J'ai quatre neveux et mes parents avaient aussi 7 petits enfants.
Répétition ? Inscription. Je sais un peu d'où je viens – plus où je vais – moins où je suis – Présent – Absent – Promesse d'un autre lendemain – Advenu d'un passé à réinventer.
Tout ce qui s'écrit – ce qui s'écrit chaque jour – ce qui n'arrive pas à s'écrire. Tous ces gens dont on a oublié jusqu'au nom, jusqu'à l'existence et qui peut-être renaîtront ailleurs ou jamais.
La lignée de mes ancêtres qui croise d'autres lignées  – Celle de mes descendants... Qui existe encore ? Qui peut dire ? Qui va dire ? Comment le dire ? A qui ? Pourquoi ?
Le cercle des vivants. L'empire des morts – comme autant de pierres. Aujourd'hui ma route a croisé celle d'un chevreuil. Il s'est enfui à travers champs en direction d'une haie salvatrice. Plus loin une buse s'est envolée à tire d'ailes.
Le vent soufflait. Les nuages s'amoncelaient dans un ciel gris et lourd. La vie. Le temps. Le vent. Tout s'enchaîne. Les ondes sur l'eau quand on lance une pierre, ce qu'on prend pour des ronds dans l'eau et qui bouleverse un temps la mare avant qu'elle retrouve sa plate plénitude tranquille.
Ailleurs Marco attend sa sortie – sa libération – et même s'il n'y croit plus, il sait qu'elle arrivera – qu'un jour il ne sera plus enfermé parce que personne ne peut être enfermé pour rien, parce que chacun a droit à un peu de liberté, à un moment d'existence – et que l'enfermement est le vrai prix de la liberté que nous ne connaîtrons jamais puisque nous ne savons pas qui nous enferme. L'existence est aussi ce qui arrive autant que ce qui n'arrive pas dans un ailleurs permanent qui ressemble étrangement au bruit des mots qui s'enchaînent sur une page vierge – comme autant de rêves dans une nuit sans fin. Je croyais n'avoir rien à dire et tout s'écrit dans le silence du soir. Et vous, qui êtes-vous ?

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13 octobre 2009

Rien ne s'est écrit tout seul – ni l'eau – ni le vent – ni l'air.
Tout arrive. Tout baigne. Tout se tait. Un nouveau soir – sur une nouvelle terre – sous de nouveaux cieux – souvenirs suspendus au lustre des cieux. Les mots roulent sous mes pieds.
Odoriférants et écarlates – couleur de terre – plein de vie. Je suis revenu au pays de nulle part. Je t'ai entendue ou attendue ou trouvée – ou aimée – un jour prochain – un jour passé – comme si tu avais toujours été là.
Je n'ai rien à te dire – seulement respirer ton odeur – à la lumière de tes yeux, à la chaleur de ton souffle, à l'ombre de ta bouche. Te raconterai-je mes insomnies ? Le monde des images qui hantent mes nuits – le poids de ma solitude voguant sur les flots d'un torrent ténébreux ?
Mots sans suite – mots à la suite – suite de mots continue et jaillissante. Pluie de feuilles sur l'automne de mes jours. Et si pour une fois le silence pouvait se taire – s'arrêter – se terrer – là où personne ne peut le réveiller ?
Image du cri d'une bouche ouverte d'où ne sort aucun son.
Image du vent qui ne peut gonfler aucune voile
Image d'un soir que n'éclaire aucune étoile...
Noirceur écarlate rayée de bleu céleste. Vision du vent au désert de mes souvenirs.
Doucement quelque chose m'envahit comme un chant qui s'élève.
Ce qui s'emmêle et se tisse – ce qui grandit – ce qui souffle – ce qui brûle – ce qui se brûle – derrière toi dans une mer de nuages –
J'ai perdu le fil qui me relie à toi – Fil de moi – fil de mots – fil à la patte – fil de fer que nulle Parque ne peut couper – que nul souvenir ne recouvrira plus. Couverture multicolore. Odeur entêtante – soif inextinguible. Un fantôme est revenu comme un ami le plus lointain et le plus proche pour me dire à l'oreille ce que j'avais oublié – recouvert – et que je ne voulais plus voir.
Quelque part un enfant est né. Quelque part tu m'attends. Quelque part l'un et l'autre m'attendent – m'entendent – me parlent de ce que je ne sais plus – de ce que j'ai toujours su – de ce que je n'ai pu oublier dans l'ailleurs de la vie – l'autre dimension, de là d'où vient la rivière et où naissent les nuages – et où le vent prend sa source et les oiseaux leur envol. Un lieu proche et lointain, celui où tu habites. Espérance – Aspirance – Respiration.

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06 octobre 2009

Quelque chose est arrivé ce soir. Il s'est posé au milieu de nous. Il est advenu. L'être noir aux cheveux de jais. Venu de nulle part. En direction de partout. Entouré de corneilles comme un ange de plumes. Un soir. Un jour. Ce jour.
Dans la grisaille. Un oiseau a bougé. Être étrange au regard fixe. Il me parle sans mots. Seule émerge une mélopée qui me rappelle les longs monologues de mon ami. Les mots ricochent les uns sur les autres, se heurtent tels des galets au fond d'un sac.
Je suis là – je ne sais où – dans un lieu inconnu – à l'orée d'une aube nouvelle – sans autre perspective que celle d'écouter battre le cœur du vent.
Les croassements se sont tus, remplacés par le silence assourdissant de ta présence inconnue.
Je t'ai attendu. Tu m'as écouté. Silence. Quoi donc ?
Moiteur insolite d'un regard éteint. Voix multiples et multicolores. Geste lent. Bruissement des plumes qui recouvrent ton corps comme un manteau de soirée. Geste amoureux.
Tendresse coassante tombée du ciel. Chant d'accueil pour une nuit lunaire. Vertiges inconnus. Une ombre dans la nuit. Ce soir le noir m'habite. Lien étrange. Lien magique. Rencontre du soir. Mots interdits échangés sans bruit.
Sensation d'absence au milieu des vagues. Venu d'ailleurs ici – ce soir – Toi – un rêve – une inconnue – comme une poule faisane qui traverse la route de sa démarche sautillante pour se réfugier dans les hautes herbes. Grâce volatile entrevue un instant. J'ai trouvé une fleur inconnue au parfum étrange revêtue de plumes mordorées et nourrie de rêves et de désirs insensés. Qu'est-ce donc ?

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29 septembre 2009

Bruit – Murmure – Nuit et aussi solitude – absence – Qui n'est pas là ? Ce qui arrive – celui qui vient ce soir – Tu – toi – moi. Comme un mot au coin de la rue. Une ombre dans le soir. Plus rien ne bouge. Retrouver l'écriture comme une femme aimée sur le seuil de la porte. Rentrer avec elle. Présence chaude – chaleureuse – aimante. Enfin n'être plus seul – plus bousculé par le brouhaha de la rue. La rudesse du chemin. Être écouté – écoulé. Respirer. Trouver de l'autre en soi – et soi dans l'autre. Ne plus être obligé d'inventer des mots et enfin retrouver ce silence hospitalier de derrière le langage. Quelqu'un en soi comme un nouveau-né – ébloui par la lumière, le bruit, et qui arrive pourtant à s'en défendre en rentrant en lui-même, en se réfugiant dans le sommeil comme escargot en coquille. Mais aussi cette capacité à retrouver sa caverne, son odeur, son antre, son ventre – à se retrouver dans l'autre mère – l'autre être – celle d'avant les mots – cette musique qui nous habite – et que l'on va perdre un jour à force de ne plus l'écouter.
Écriture du soir, écriture d'un soir. Mots sans suite – sans passé – sans objet. Mots ternes – mots creux – mots vides – parce que tu n'es pas là pour les entendre – pas là pour les recevoir. Mots tus qui ne peuvent pas sonner – pas couler – pas être murmurés – ni sucés – ni bus.
Ainsi l'écriture n'est pas le moyen de te parler mais bien celui de te donner vie – de te rendre présent – même lorsque tu es absent. Mots liens. Mots liants. Mots restes. Mots sacrés. (sucrés)
Quelque chose tourne – un être arrive – un nœud s'ouvre. Plus rien ne bouge. Écrire pour ne pas dire. Ecrire l'absence. Écrire le silence. J'aurais tant aimé. J'aurais tant voulu. J'espérais tant. J'aurais pu. J'aurais vu. J'aurais respiré. Quelque chose ou quelqu'un serait arrivé – remplir le vide – parler l'absence – peindre les murs. Tout arrive. Tout souffle.
Dehors la brise se lève doucement. Un voile s'étend sur un monde endormi. Quelque part un homme geint. Une femme pleure. Un enfant respire bruyamment. La vie s'écoule – s'étend – s'entend.
Je ne sais plus. Je n'ai jamais su. Saurai-je un jour qui tu es – ce que tu veux – ce que j'attends de toi – regard – mains – voix – mots – musique – espoir – Renaissance. Du soir au matin, d'ici à là-bas. De toi à moi. Gesticulations de mots sans liens du vent dans les feuilles un soir d'automne.

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22 septembre 2009

Ce qui est arrivé ce jour. Naissance – rêve – espérance. Ce qui arrivera demain – nul ne sait – pareil – différent – nouveau. Un autre jour après une autre nuit. Ce qui naît doit mourir. Ce qui meurt doit renaître – un autre jour – une autre fois – un autre soir – vestiges – vertiges – Prométhée et sa pierre – Pénélope et son aiguille – chacun son monde – chacun sa place – quelque part un enfant est né – comme ailleurs – partout – en tout lieu, à tout moment – parce que les enfants doivent naître avant – pour advenir à l'humanité – la condition humaine – devenir ce qu'ils sont – ce qu'ils devront être – et construire ce qu'ils ont à construire.
J'ai été – je suis – je serai – Toi aussi – avec moi – en ce lieu en cet instant – Cheval fou entraîné dans un galop sans fin – livré au langage – esclave d'un mot – hanté par un rêve – celui de te retrouver enfin – de ne plus te chercher sans cesse – sans répit – sans trêve – mon amie – ma fleur – mon rêve – Image d'un soir – de tous les soirs – de chaque nuit.
Qu'est-il donc arrivé de nouveau, que je ne savais pas avant ? Un enfant – né d'une femme – nommé par elle – conçu par elle – Un miracle – parce que toute naissance en est un.
Un nouveau nom – un nouvel être – un nouveau mot. Renommé – Restauré – renaît – Un nouveau jour – un nouveau soir – une nouvelle fois. Quelque chose est arrivé – Quelqu'un est né – ravaudé – reprisé – revigoré – rabiboché – ranimé – revisité – ressuscité – Sept fois – cent fois – mille fois. Je te tendrai la main – Je serai avec toi – Je te nommerai sans cesse –  mot naît de la chair d'un autre – mot porté à son terme – mot arrivé – mot tissé longuement sur le canevas de tes soucis – Ainsi naît l'esprit lorsqu'on veut bien faire appel à lui – Ainsi jaillit l'eau de la fontaine de la place – toujours claire, toujours musicale – toujours désaltérante – Bruit du soir – souffle de vie – respiration du monde –
Chant silencieux qui résonne dans le soir comme un bruit de talon dans la rue de mes péchés – un soir d'écriture – Naissance d'écriture ou écriture de naissance... Qui est né aujourd'hui – un mot – un enfant – une image – un rêve – un amour. Quelque chose de nouveau – d'inconnu – une promesse – un espoir comme chaque naissance – comme toute naissance. Renaître.

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15 septembre 2009

Anémone. Chatte de gouttière. Ratitude.
Restauration. Les mots se cognent aux quatre coins de la pièce. Ils se frottent dans un mouvement ininterrompu. Personne ne sait d'où ils viennent, où ils vont – ce qui les amène, ce qui les disperse. Anne est de retour. Où donc s'était-elle cachée ? Dans quel pays ? A quelle époque ?
Elle est revenue parce que les mots ne peuvent pas se perdre. Ils sont tous là ce soir – assis à ma table – prêts à resurgir, à frapper à la porte de mes souvernirs.
En fait l'écriture est aussi le langage du silence. Parler sans bruit. Hurler en silence. Pleurer sans larmes – muet d'amour – mourir d'aimer. Se jeter dans le vide infini sans toucher le sol. Naviguer entre les étoiles. Peu y parviennent. Tous en ont envie.
J'ai cru un jour que j'y arriverais, dans ce pays de nulle part où seuls vivent les absents, ceux qui errent dans les plaines sans fin de mes rêves silencieux.
Il va bien falloir que j'y arrive un jour, une fois – à habiter ailleurs – chez moi – avec toi – sans lui – sans histoire – sans bruit.
Jour de silence – bruit des mots – des mots qui courent et s'envolent comme moineaux au vent du soir.
Où en étais-je ? Ah oui – que je ne sais toujours pas quel mot m'habite – me berce – viendra demain à mon secours – me permettre de vous parler, de vos rencontrer une autre fois, à un autre moment.
Compagnon de ma solitude – écriture du soir – j'aurais préféré la cloche de Saint Barnard – tant pis – ce sera pour plus tard – pour quelqu'un d'autre – un autre pays de nulle part – un autre étranger – mon frère – ma sœur – mon enfant. Celui qui vient – celui qui s'en va – celui de toujours. Rêve d'un jour – d'une nuit – de toujours – de jamais. Le genou de Claire et la vertu de Chimène.
C'est bien les mots dits par une autre lorsqu'elle partage ma planète – un soir de pluie – dans le silence saugrenu d'une ville endormie. Des mots qui ressemblent à des tentacules pour m'aider à saisir un monde gluant habité par des fantômes – des esprits qui bruissent – comme feuilles au vent –

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08 septembre 2009

Le rat est mort. Et alors ? C'était un compagnon sans intérêt. Et il faut qu'il meure et m'empeste pour que je prenne conscience de son existence – du fait qu'il habitait avec moi – ou plutôt que j'habitais chez lui puisqu'il occupait ce lieu en permanence.
Je réalise que j'habite toujours chez quelqu'un – identifié ou pas – connu ou inconnu – bruyant ou silencieux.
Le monde aussi est un lieu d'accueil pour le voyageur sans bagage que je suis – habitant de nulle part.
La maison noire – la maison blanche – la chambre nue – le lit vide – les rayons du soleil à travers la baie entrouverte – l'odeur de poussière – la lumière de la lune qui se lève à travers le feuillage – les bruits de la nuit – le souffle du vent au travers des tuiles disjointes. Autant de lieux, autant d'endroits où j'existe tour à tour et en même temps avec autant d'inconnus – ceux qui étaient là – ceux qui sont là – ceux qui seront là. Leur présence discrète ou bruyante m'envahit et me ramène dans le monde des esprits portés par le vent.
Modulation du monde – souffle de vie – vent d'espérance – quelque part un enfant naît – ailleurs un autre enfant meurt. Gaîté – tristesse – vent du soir – vent du matin – aube nouvelle dans un monde désespéré où il est devenu interdit d'aimer – de sourire – d'espérer. Rien ne va plus. Faites vos jeux. La roue tourne. Dehors le vent agite les feuilles, doucement la nature reprend ses droits – elle s'étend dans la torpeur du soir. La nuit va permettre à la chouette de s'envoler à la poursuite du rongeur qui n'aura pas trouvé d'abri.
J'ignore tout de ce monde inconnu, du monde qui m'entoure, du monde qui me nourrit, me berce et m'accompagne.
J'ignore tout de toi, de ta vie, d'où tu viens, toi, l'inconnue du soir, la passante de septembre, la compagne d'un jour, d'une heure, d'un instant. Image fugitive au soir d'une vie habitée de rêves et couverte de haillons. Odeur de charogne au chevet de Baudelaire, même si ce n'était qu'un pauvre rongeur trop gourmand qui n'aspirait qu'à s'inviter au banquet de la vie par une chaude soirée d'été.

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