Existe-t-il un au-delà de l'écriture ? un monde sans mot – un nouveau monde – à la fois plus vrai que l'ancien et cependant inatteignable – dehors un corbeau croasse – quelque chose s'écrit derrière le paysage enneigé – et le brouillard glauque d'un hiver précoce.
Et puis doucement le vent a caressé les branches recouvertes d'une pesante neige. Je ne sais de quel pays je viens – quels horizons ont jalonné mon chemin. Le soir tombe avec lenteur.
Projeter les mots sur la feuille comme des coups de pinceau sur une toile – avec rage et application – avec des larmes – tenter de décrire l'amour à l'orée de la vie – face à une morne plaine encombrée de vestiges.
Et puis revenir en arrière – chercher un chemin au milieu des broussailles – parmi les feuilles mortes.
Ne plus rien attendre pour enfin découvrir le fruit enfoui dans la glaise odorante. Brosser à grands traits le tableau d'une vie hantée par ton absence – auréolée d'autant de reflets multicolores – aux couleurs des îles océanes.
L'or coule entre mes doigts. Le vent chasse la brume. La crête argentée des vagues bat la rive et envahit la plage. Les cocotiers trempent leurs feuilles dans le lagon doré.
En une phrase changer d'hémisphère – de saison – d'horizon – et passer de l'hiver continental à l'été boréal. Repousser les limites d'un monde étriqué. Reconstruire le chemin des paradis perdus. Dormir, enfin dormir dans le creux d'un vallon en rêvant d'un automne aux couleurs chatoyantes.
S'enrouler dans tes bras – se lover contre toi – entouré des étoiles – de leur lumière ruisselante et s'enfoncer dans le rêve comme dans les flots tièdes.

Comme un tableau vivant – comme un chant mélodieux qui frappe aux racines des cieux – le temps file entre mes doigts à la manière du sable et recouvre se ses atteintes les amours enfouis – il n'est plus temps de chanter la brune Desdémone aux doigts bordés de roses, mais bien de rejoindre le royaume d'Hadès au plus profond des flots.


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Bengt Lindström