Retour en soi, avec soi – en moi – pour installer l'écriture – ou plutôt les mots, les images qui sont tapis au fond de moi. Tant de poussière sur l'aile du penseur. Tant de mots endormis dans autant de recoins qui attendent que la nuit arrive pour surgir au bout des doigts. Bon anniversaire, mon lecteur – mon voisin – mon autre – toi, l'inconnu, le frère, le poète – l'oiseau, la fleur – l'arbre. Redeviens toi-même – reviens à la vie – chante ton bonheur – berce mes nuits – Renaître au printemps puis reposer à l'ombre. Grâce aux mots je peux chanter – parcourir le monde – traverser l'océan de mes souvenirs – la nuit de mes rêves – me nourrir de ton sourire et percer l'éclat de tes yeux. Et si les mots servaient à voir – à entendre – à toucher – à aimer – et à donner naissance à des silences, des silences pleins, mélodieux, enchanteurs, non ces silences muets, désespérés, de la couleur de cette eau glauque qui se referme sur le désespoir. Une ritournelle, un chant, que dis-je, des mots d'oiseaux sans cesse répétés, redis comme un hymne au soleil, au jour, aux vibrations de l'air, au bruissement des feuilles. Autant de mots que d'anniversaires. Tout autour de moi jaillit un monde nouveau, coule une sève abondante comme un flot de parole où chacun peut s'abreuver à sa convenance, à son bon plaisir, tel un regard d'enfant posé sur l'étendue de la vie, en forme d'étonnement. Écrire pour un autre sans adresse, est-ce écrire pour tous – ou pour personne ? seulement pour moi-même ou que pour toi, mon aimée, ma soeur – mon ange – cette inconnue vêtue de noir – rencontrée dans un rêve, à la fois fille des îles et papesse borgne – jaillissante de l'écume et couronnée de l'éclat du volcan.
A moins que ces mots sans suite, sans fin, cette musique n'ait d'autre but que de cacher, de recouvrir, de disperser un désir inabouti, un geste esquissé, une soif inextinguible que nulle source n'abreuvera – jeu de mots – rencontre impossible.
La lumière du soleil écrase la savane en feu, brûle la végétation et les hommes qui attendent la pluie bienfaisante et nourricière.
L'oiseau continue sa chanson au sein de sa forteresse de verdure – appelant sans fin sa tendre partenaire.
Et je continue de poser des mots inutiles comme autant d'appels au secours – de plaintes silencieuses, de gestes esquissés vers des autres étonnés de se reconnaître dans d'aussi vaines lamentations.

p_PICT0116J. Bosch - détail du Jardin des délices, 1503-4